Il y a des techniques qui fascinent de loin et intimident de près. La sérigraphie textile est de celles-là. On imagine un atelier encombré, des produits chimiques, une lampe à insoler professionnelle. On se dit que c’est pour les artisans équipés, pas pour son salon un samedi après-midi. Et pourtant, vous allez découvrir que s’initier à la sérigraphie est aussi possible lorsqu’on est amateur.
Mais avant de parler de ce que la sérigraphie demande, parlons de ce qu’elle a produit. De Asher à Marimekko, retour sur l’intégration de cette technique à nos vêtements.

Une technique vieille de plusieurs siècles

L’impression sur tissu par pochoir existe depuis l’Asie du Ve siècle. Au Japon, la technique du katazome permettait déjà d’imprimer des motifs complexes sur soie et coton, avec une précision que l’on retrouve dans les kimonos les plus raffinés.
Ce principe, déposer de l’encre à travers un écran sur un support textile, n’a pas fondamentalement changé. Ce qui a changé, c’est l’accès à la technique.
Ascher : quand la sérigraphie habille la haute couture

Zika Ascher dans son atelier
Dans le Londres de l’après-guerre, le textile designer Zika Ascher fait de la sérigraphie son territoire. Avec sa femme Lida, il commande des motifs à des artistes comme Matisse et Henry Moore, qu’il traduit en foulards et en tissus sérigraphiés aux couleurs vives. Dior, Balenciaga, Saint Laurent s’approvisionnent chez lui.
- Soie sérigraphiée Ascher
- Une robe Pierre Cardin dans une sérigraphie signée Ascher
- Motif réalisé par Picasso en 1950 etsérigraphié sur textile par Ascher
- Motif réalisé par Lucian Freud 1947
Ce que les Ascher démontrent, c’est que la sérigraphie n’est pas une technique populaire ou industrielle. C’est un langage capable de porter la création artistique la plus exigeante, directement sur un tissu.
Marimekko : quand la sérigraphie devient une identité
En 1951, la maison finlandaise Marimekko naît autour d’une idée simple : imprimer à la main, à la sérigraphie, des motifs graphiques et audacieux sur du coton. Des aplats de couleur francs, des formes inspirées de la nature, une esthétique immédiatement reconnaissable.

Les ateliers Marimekko


Ce qui fait la singularité de Marimekko, c’est d’avoir compris que le motif sérigraphié n’est pas un décor. C’est le vêtement lui-même. Le tissu imprimé est pensé avant la coupe, avant la construction. C’est cette conviction-là qui a traversé 70 ans de collections et qui reste intacte aujourd’hui.
Warhol : la sérigraphie comme geste artistique
Dans les années 60, Andy Warhol fait de la sérigraphie un medium à part entière. Ses Marilyn, ses boîtes de soupe Campbell : des images répétées, détournées, imprimées en série. La technique devient un propos, une esthétique, une façon de questionner ce qu’est une oeuvre originale.

Andy Warhol dans son atelier

Marilyn Monroe (1964)
Ce que Warhol comprend avant tout le monde, c’est que chaque passage de racle est unique. Chaque impression porte la main de celui qui l’a faite. La reproduction est aussi une création.
Le streetwear : la sérigraphie comme culture
Dans les années 80 et 90, la sérigraphie sort des ateliers et devient un langage visuel à part entière. Elle s’empare de tous les supports : le t-shirt bien sûr, mais aussi les pochettes de disques, les planches de skate, les affiches de concerts, les fanzines, les vestes. Partout où une communauté veut exister, affirmer une appartenance, diffuser un message, la sérigraphie est là.
Les groupes de rock font imprimer leurs tournées. Les crews hip-hop sérigraphient leurs logos partout sur leurs vêtements. Les marques de skate comme Powell Peralta ou Stüssy construisent toute leur identité visuelle autour de motifs imprimés à l’écran, reconnaissables entre mille. La technique devient indissociable d’une esthétique, d’une époque, d’une façon d’être dans le monde.
Ce qui unit tous ces usages, c’est la même logique : produire soi-même, en petite série, avec ses propres motifs. Ne pas attendre qu’une grande marque décide ce qu’on va porter ou écouter. La sérigraphie, dans ce contexte, est un outil d’émancipation autant qu’un outil d’impression.

Estria Miyashiro / Buff Monster
- Jim Philips
- Barbara Kruger, 1990
Cette démocratisation ne diminue pas la technique. Elle révèle au contraire ce qui a toujours été vrai : la sérigraphie est accessible à qui veut bien s’en donner les moyens.
Alors comment pratiquer la sérigraphie chez soi ?
Ce que racontent tous ces exemples, c’est que la sérigraphie n’est pas une technique de spécialiste. C’est une technique de regard. Elle demande de décider ce qu’on veut imprimer, comment, sur quoi. De choisir une couleur, un motif, une matière. De faire des choix qui sont déjà des choix de style.
Ce qu’elle demande en termes de matériel est bien plus accessible qu’on ne le croit. Pas de grand atelier, pas de lampe à insoler professionnelle. Une table, un cadre, des encres adaptées au textile, et quelqu’un pour montrer les bons gestes dans le bon ordre.


Enora Servel , designer textile, enseigne la sérigraphie avec la précision de quelqu’un qui en a fait son quotidien et la générosité de quelqu’un qui a envie de transmettre. Son cours Introduction à la sérigraphie, disponible sur Artesane.com, vous guide pas à pas, du motif à l’impression finale.
Découvrez un extrait du cours pour apprendre à pratiquer la sérigraphie :






