
Il y a des techniques textiles qui traversent les siècles sans prendre une ride. Le pojagi est de celles-là. Né en Corée, pratiqué depuis l’ère des Trois Royaumes, il continue aujourd’hui d’inspirer les créateurs du monde entier, des ateliers de couture jusqu’aux podiums des plus grandes maisons de mode.
Un tissu pour emballer le bonheur

Pojagi ou Bojagi, dynastie Joseon
Corée, circa 1700
© Boroistore
Le pojagi, aussi écrit bojagi, désigne des carrés de tissu traditionnels coréens confectionnés à partir de petits morceaux assemblés par une technique de patchwork. Mais ce qui le distingue du patchwork occidental, c’est avant tout sa philosophie. Couramment utilisé durant la Dynastie Joseon, son utilisation signifiait que la chance et le bonheur étaient enveloppés dans un linge. Ainsi, un objet joliment emballé signifiait respect et honneur aussi bien à l’objet qu’à son receveur.
Sous la dynastie Joseon, les Coréennes de toutes les classes sociales assemblaient de manière invisible des morceaux de coton, soie, chanvre ou ramie en carrés de différentes tailles, qui servaient d’emballage pour offrir, couvrir, stocker ou transporter les objets. Les classes populaires se servaient des chutes des tissus utilisés pour fabriquer les vêtements, une logique zéro déchet, bien avant que la notion existe.
Il existe deux types de pojagi : le Kung Po, confectionné à la Cour du roi pour des événements spécifiques avec des matériaux luxueux, et le Min-bo, celui du peuple, plus humble dans ses matières mais tout aussi soigné dans son exécution.
Ce qui rend le pojagi unique
Ce qui frappe d’abord dans un pojagi, c’est la lumière. Les tissus employés sont très légers et laissent passer la lumière, ce qui caractérise la beauté du bojagi. Chaque couture est minutieusement réalisée pour être aussi belle sur l’endroit que sur l’envers, ce qui permet de confectionner des pièces réversibles et de haute qualité. Suspendus devant une fenêtre, les pojagi se transforment en véritables vitraux de tissu, où les couleurs se superposent et se mélangent selon la lumière du jour.

Bojagi Panel | Sue Spargo Folk Art Quilts
Quand la mode s’en empare
Le pojagi n’a pas attendu les réseaux sociaux pour voyager. En mai 2015, Karl Lagerfeld présentait la collection croisière 2016 de Chanel en Corée du Sud, à Séoul, au Dongdaemun Design Plaza. Au programme : explosion de couleurs pop, patchworks géométriques et réinterprétations des basiques de la maison à la sauce coréenne. Pleins de modèles d’inspiration pojagi et patchwork traversaient le podium, traduisant en tweed et soie une esthétique textile vieille de plusieurs siècles. Une reconnaissance éclatante pour un art longtemps resté dans l’ombre de son cousin japonais, le furoshiki.

Chanel, défilé Croisière 2016, Séoul
Depuis, l’intérêt pour le pojagi n’a cessé de croître dans les milieux créatifs. On le retrouve en décoration, en installation artistique, en vêtement. Sa transparence, ses assemblages géométriques et ses coutures invisibles parlent autant aux amateurs de slow textile qu’aux designers en quête de références culturelles fortes.
Apprendre le pojagi

C’est précisément cet art que nous avons souhaité transmettre sur Artesane. Notre nouveau cours Pojagi : mes vêtements en patchwork coréen dispensé par Maryse Allard vous invite à découvrir la technique pas à pas, à comprendre ses logiques de construction, et à créer vos premières pièces.
Parce que certains savoir-faire méritent d’être appris lentement, et le pojagi est de ceux-là.
