Le soutien-gorge sans armatures : un confort historique

par | 14 Oct 2021 | Histoire de la mode | 0 commentaires

🕒 5 minutes

     S’il existe aujourd’hui plusieurs styles de soutiens-gorge sans armatures, tous sont portĂ©s et apprĂ©ciĂ©s pour leur confort et leur maintien de la poitrine, comme le soutien-gorge croisĂ© ou le soutien-gorge brassiĂšre, ce dernier Ă©tant trĂšs utilisĂ© pour les pratiques sportives. Mais le soutien-gorge sans armature n’est pas une piĂšce de lingerie rĂ©cente, loin de lĂ , et a Ă©tĂ© trĂšs populaire Ă  diverses pĂ©riodes de l’Histoire. Le soutien-gorge bandeau notamment, qui assure le maintien de la poitrine par sa forme gainante, trouve son origine dĂšs les temps anciens.

L’AntiquitĂ© grecque et romaine : l’origine de tout, y compris de nos soutiens-gorge

« Plus de rĂ©seau qui captive les tresses de ses blonds cheveux ; plus de voile qui couvre son sein ; plus d’écharpe (strophium) qui retienne sa gorge haletante. Elle s’est dĂ©pouillĂ©e de tous les ornements, ils sont tombĂ©s Ă  ses pieds, et les flots de la mer se jouent de ces vaines parures. »

     VoilĂ  ce qu’écrivait Catulle au Ier siĂšcle av. J.-C. pour conter le dĂ©sespoir d’Ariane, laissant tomber ses vĂȘtements aprĂšs que ThĂ©sĂ©e l’eut abandonnĂ©e. Le terme strophium, empruntĂ© au grec, se traduit en bon latin par fascia (bandage) pectoralis (de poitrine). Catulle dĂ©crit ainsi dans son poĂšme l’ancĂȘtre du soutien-gorge bandeau, une bande de toile fine plissĂ©e, drapĂ©e et nouĂ©e sur ou sous la poitrine.

     Ce soutien-gorge n’était cependant ni utilisĂ© tout au long de la journĂ©e, ni par une grande majoritĂ© des femmes, comme son homologue rĂ©cent. Il Ă©tait uniquement portĂ© ponctuellement, par des femmes ayant une forte poitrine et une vie active, dans un but pratique et de confort. Mais ce type de soutien-gorge sans armatures Ă©tait aussi portĂ© pour les activitĂ©s sportives, ainsi que dans les bains publics.

     Laissez-moi vous prĂ©senter ThĂ©odoros, mon homologue des temps anciens, un jeune homme grec en visite Ă  Rome, au IIe siĂšcle de notre Ăšre. DĂ©barquant aprĂšs un long voyage Ă  travers la MĂ©diterranĂ©e, il dĂ©cide d’aller se dĂ©tendre aux bains publics. Pas de chance pour lui, il arrive au moment de la journĂ©e oĂč les thermes sont rĂ©servĂ©s aux bains et aux activitĂ©s des femmes. Déçu, il aperçoit justement quelques Romaines entrer dans l’immense bĂątiment. Quant Ă  moi, je sors des locaux d’Artesane et je me rends dans une Piscine du 14e arrondissement, pour me relaxer et faire quelques longueurs. ThĂ©odoros remarque que les quatre Romaines qui entrent dans les thermes sont drapĂ©es dans un strophium. Il n’est pas dĂ©paysé : ce type de bandelettes de tissu est Ă©galement utilisĂ© chez lui, en GrĂšce, pour toutes sortes d’activitĂ©s. Moi, je sors des vestiaires de la piscine et me dirige vers le bassin en mĂȘme temps que deux femmes, l’une portant un haut de maillot de bain brassiĂšre, et l’autre un haut bandeau. ThĂ©odoros et les thermes romains ne me semblent vraiment pas si loin, en ce moment.

     N’ayant pas pu se relaxer comme il l’aurait souhaitĂ©, ThĂ©odoros part Ă  la recherche d’une popina, une taverne, afin de boire un verre de vin et jouer une ou deux parties de dĂ©s. En longeant les thermes, il aperçoit Ă  l’intĂ©rieur la palestre, ce complexe d’installations sportives, qui forme une cour au centre des thermes. LĂ , sous le pĂ©ristyle, une galerie de colonnades qui entoure cet espace extĂ©rieur, il observe des femmes qui marchent rapidement, tout en discutant, et d’autres, en plein centre du palestre, attelĂ©es Ă  divers exercices physiques. Elles portent toutes le strophium, afin d’ĂȘtre parfaitement libres de leurs mouvements et de pouvoir courir sans aucune gĂȘne. Mens sana in corpore sano, pense ThĂ©odoros, grand lecteur de JuvĂ©nal parlant parfaitement le latin : « Un esprit sain dans un corps sain ». De mon cĂŽtĂ©, j’ai pu me baigner – ne m’en veux pas, ThĂ©odoros – et, dĂ©tendu, je dĂ©cide de faire un dĂ©tour par un joli parc avant de rejoindre ma station de mĂ©tro. En longeant la pelouse, je me fais dĂ©passer par une joggeuse en brassiĂšre de sport. Similitudes amusantes, n’est-ce pas ?

     Finalement, ThĂ©odoros et moi n’avons pas eu une fin de journĂ©e si diffĂ©rente, que ce soit par nos activitĂ©s ou par ce que nous avons vu, tous ces vĂȘtements et sous-vĂȘtements fĂ©minins dĂ©rivĂ©s du strophium, et conçus dĂšs l’AntiquitĂ© pour le confort et le soutien de la poitrine. Tu vois, ThĂ©odoros, mĂȘme en deux mille ans, certaines choses ne changent pas.

Les années folles : la mode androgyne

     AprĂšs la crĂ©ation de l’ancĂȘtre du soutien-gorge moderne en 1889 par la maison Cadolle, qui consistait en un corset fendu sous la poitrine, et du soutien-gorge moderne en 1913 par l’amĂ©ricaine Marie Phelps Jacob, les AnnĂ©es folles ont vu le retour du bandeau Ă  l’ancienne (l’expression me semble ici justifiĂ©e). La mode androgyne « Ă  la garçonne » de l’aprĂšs-guerre a en effet vu les femmes s’aplatir la poitrine Ă  l’aide de bandelettes, Ă  la maniĂšre du strophium antique, afin de la dissimuler.

     Le retour des soutiens-gorge bandeaux n’est donc pas un phĂ©nomĂšne du XXIe siĂšcle, mais avait bien dĂ©butĂ© dĂšs le dĂ©but du XXe siĂšcle.

     AprĂšs cette pĂ©riode, et dĂšs les annĂ©es 1930, lorsque le soutien-gorge de Marie Phelps Jacob – deux mouchoirs reliĂ©s par des Ă©pingles Ă  nourrice – est commercialisĂ© par la Warner Brothers Corset Company, le soutien-gorge devient une rĂ©elle piĂšce de maintien de la poitrine qu’il remet en valeur, avec des bonnets Ă  coussinets rĂ©pertoriĂ©s par le mĂȘme systĂšme de tailles que de nos jours. Le sans-armatures n’est donc plus la star des sous-vĂȘtements.

     Puis le sans armatures reste en retrait dans les annĂ©es 1950, avec l’influence des États-Unis et de ses femmes iconiques – Monroe, Hepburn, Liz Taylor – qui font la part belle aux seins pointus, et des surpiqĂ»res circulaires apparaissent sur les bonnets afin de crĂ©er cet effet. Dans les annĂ©es 1960, la jeunesse et la mode s’émancipent Ă  grands coups de mini-jupes et de maillots de bain sans soutien-gorge. Les soutiens-gorge survivants sont alors conçus dans des matiĂšres plus Ă©lastiques et proches de la peau.

La révolution sexuelle des années 1970 : la poitrine au naturel

     Dans les annĂ©es 1970, un Ă©lan d’affirmation du corps et un retour au naturel portĂ©s par le style hippie sonnent l’heure de gloire du soutien-gorge sans armatures. C’est l’apogĂ©e du soutien-gorge triangle, le plus souvent rĂ©alisĂ© dans des matiĂšres lĂ©gĂšres et transparentes.

     Puis, les annĂ©es 1980 voient l’esthĂ©tique et la sĂ©duction entrer en jeu, et les soutiens-gorge se parent d’armatures : c’est l’arrivĂ©e de la lingerie affirmĂ©e et purement esthĂ©tique, et de l’ùre du « power dressing », par lequel les femmes affirment leur autoritĂ© dans un courant de mode sexy et fĂ©minin.

     La mode a donc un aspect cyclique, avec des tendances qui s’évaporent et reviennent Ă  la charge. Le soutien-gorge sans armatures ne fait pas exception, utilisĂ© tant pour son aspect pratique et confortable dans l’antiquitĂ©, que pour aplatir la poitrine dans le style garçonne des annĂ©es 1920, ou montrer le corps au naturel avec le courant hippie des annĂ©es 1970. Depuis le dĂ©but du XXIe siĂšcle, et mĂȘme avant cela, les tendances tendent Ă  s’estomper et cohabitent, offrant une grande variĂ©tĂ© de styles vestimentaires. En lingerie notamment, les soutiens-gorge ne sont plus rĂ©gis par des modes de « sans armatures » ou d’« avec armatures ». Nous vivons dans une Ăšre oĂč tous ces genres de sous-vĂȘtements cohabitent, faisant par lĂ  mĂȘme cohabiter confort et esthĂ©tique.

     Mais le sans armatures peut offrir les deux Ă  la fois, et c’est ce que vous prouve Charlotte Jaubert dans son nouveau coffret couture – malheureusement dĂ©jĂ  Ă©puisĂ©, mais bientĂŽt disponible de nouveau en rĂ©assort ! – , en vous proposant de coudre trois modĂšles diffĂ©rents de soutiens-gorge sans armatures ainsi que leurs culottes associĂ©es. Charlotte s’efforce dans ce coffret Ă  vous montrer que les rĂ©ticences quant au soutien-gorge sans armatures, la peur d’un moins bon maintien ou d’un style moins fĂ©minin, n’ont pas lieu d’ĂȘtre. Beaucoup de femmes, et c’est notamment le cas de certaines membres des Ă©quipes Artesane, ont penchĂ© pour le soutien-gorge sans armatures pendant le confinement, par souci de confort. Alors pourquoi limiter ce confort Ă  son domicile, quand on peut le lier avec l’élĂ©gance et la fĂ©minitĂ© des crĂ©ations de Charlotte Jaubert, et en profiter au quotidien ?

À bientît chez Artesane !

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